« Il n'y a pas de civilisation primitive, ni de civilisation évoluée, il n'y a que des réponses différentes à des problèmes fondamentaux et identiques » - Claude Lévy-Strauss

Sbarco a Dili - da Pellion - Versione non ufficiale, compare Rose de freycinet

Rationnel de mon étude sur Rose de Freycinet et la Campagne de l'Uranie 1817-1820


Préface à mon livre, édition en français, en attente de publication

Rose Marie Pinon de Freycinet a 17 anni - da "La Géographie" tomo XLI - gennaio 1924

Peu connaissent une histoire qui à l’époque fit sensation en raison des violations des règlements de la Marine royale et de l'affront au milieu bourgeois. Une femme, Rose Marie Pinon, épouse du commandant Louis Claude de Saulces de Freycinet, embarqua sur la corvette l’Uranie à la veille de son départ – qui eut lieu le 17 septembre 1817 – déguisée en matelot, pour partager avec son ami, le premier voyage officiel de la Restauration.

Les grands voyages d’exploration avaient déjà découvert le monde entier, l’ère de Magellan, de Cook, de La Pérouse était révolue : désormais, restait l’humble travail de collecte de données, de perfectionnement de la cartographie, d’enrichissement des connaissances de l’hydrographie, de la météorologie, du magnétisme terrestre, de la forme de la Terre, il était nécessaire de trouver nouveaux animaux et plantes, décrire un monde qui est en train de changer.

C’était la longue vague des Lumières qui se diluait en d’innombrables désillusions. Avec La Pérouse, le mythe rousseauiste de l’homme naturel avait été ébranlé jusque dans ses racines, le monde sortait de plus de deux décennies d’une guerre que l’on pouvait déjà définir comme « mondiale » et qui n’était plus la même, mais le désir de savoir était intact.

Dans le domaine de l’exploration, après les hommes d’action, le temps était venu pour les savants, leur tâche était aussi indispensable et difficile que celle des découvreurs plus anciens : collecter des données, répertorier, élaborer, un travail de fourmi qui n’a pas conduit à la hausse de la renommée pour le travail accompli, parce qu’inconnu de la plupart. Leurs noms sont oubliés : Freycinet, Duperrey, D’Urville – même si l’on en sait plus sur ce dernier, du fait de sa capacité médiatique. La plupart d’eux sont méconnus du grand public, même s’ils sont bien connus dans leur milieu, comme Gaudichaud, apprécié pour ses importants ouvrages de botanique commencés précisément lors du voyage avec Freycinet.

Le voyage de l’Uranie fut la première expédition de ce type et l’une des dernières dont le but était avant tout la connaissance : après commença la période du colonialisme moderne. La science entre da toute force pour dans l’organisation de la recherche et de l’exploitation coloniale. La décision d’entreprendre le voyage d’exploration est étroitement liée à la situation politique : la France doit retrouver sa place sur l’échiquier international, qu’elle a perdue avec la défaite des guerres napoléoniennes. Le voyage était une sorte de vitrine qui lui permettait de renouer des relations avec ses anciens ennemis et en même temps, en sous-entendu, d’affirmer sa présence et ses droits sur des territoires non européens. Ces raisons n’ont jamais été exprimées directement, mais peuvent être déduites en lisant en détail les règles de conduite rapportées, le plus souvent implicitement, dans les dizaines de communications officielles qui ont eu lieu dans la phase préparatoire.

Cependant, peu se souviennent de l’expédition de l’Uranie et, sans l’histoire de Rose, le voyage aurait été tout à fait oublié. Il n’y a qu’en Australie qu’on a redécouvert ces explorateurs, dans le cadre de la recherche de l’héritage, des racines : l’histoire des Australiens est récente et ils ont besoin d’un passé, alors ils redécouvrent les histoires de ces hommes qui, au milieu de mille difficultés, n’ont fait qu’une escale ou ont exploré leurs terres.

Certains articles soit d'époque soit récents minimisent l’importance du voyage de Louis de Freycinet, mais on croit qu’ils ne sont pas bien documentés, il y a des essais et d’articles d’histoire ou de sociologie avec chapitres qui soulignent les aspects importants ou innovateurs du voyage, comme Alaire et Blais.[1]

Rose de Freycinet pendant le voyage, qui dura trois ans, écrivit un journal dédié à son amie Caroline, ici nommé Journal, et plusieurs lettres à sa mère, ici nommées Lettres, la jeune femme raconte les événements quotidiens de la navigation, les rencontres sociales qui ont eu lieu dans les colonies, les difficultés de survie aux Malouines, à la suite du naufrage, jusqu'au retour tant attendu en France. Le journal est un texte privé, non destiné au grand public, un témoignage bien plus important qu’on ne le pense, car il représente un aperçu non professionnel d’un monde en mutation.

Les écrits de Rose, longtemps connus uniquement dans la version publiée par Duplomb, impliquent une série de problèmes philologiques et de controverses historiques. La première question est si le Journal de Rose de Freycinet, lors de sa publication par Duplomb, a été amélioré, dans quelle mesure, et s’il respecte les intentions de Rose, si et dans quelle mesure Rose a participé à la rédaction des livres si Louis de Freycinet et s'il a vraiment fait des mauvais choix de gestion, transformant l’expédition en « croisière de rêve », comme le prétendent certains… Enfin, de façon plus générale, la question finale concerne l’influence de Rose sur le voyage.

Pour répondre à ces questions, dans la première partie, la transcription du Journal, le manuscrit original de Rose, a finalement été publiée en intégrale grâce à la New South Wales State Library, consultée par l’auteur. Rose écrit en continu, on a divisé les paragraphes pour une meilleure lecture et en chapitres suivant les étapes du voyage.

Dans la partie centrale du voyage, manquent des pages, sont insérées les Lettres, qui couvrent la période correspondante, pour la première fois de manière complète. Des extraits inédits de ceux-ci sont inclus dans les notes de bas de page.

 

La deuxième partie du livre fait le point sur l’état actuel des connaissances historiques sur Rose, à partir des deux études précédentes menées sur le sujet : une par l’historienne australienne Marnie Basset, qui s’est intéressée à l’histoire dans les années 1960, l’interprétant comme une histoire romantique, l’autre, plus récente, par le professeur Rivière, originaire de l’île Maurice, mais qui n’a jamais même vu le Journal.

Certaines erreurs ont été corrigées et on a donné une interprétation historique innovante du Journal de Rose ; le Journal n'est pas seulement d’intérêt privé, mais un document utile pour insérer le voyage de l’Uranie dans son contexte historique.

Certains évènements historiques antérieurs au voyage ont profondément marqué le commandant de l’expédition Louis de Freycinet. Ce livre analyse également certains points débattus du premier voyage de Louis avec Nicolas Baudin, qui eut lieu dans les années 1800 à 1803, et l’affaire Flinders, qui, toujours controversée, suscite encore des débats également dans d’autres disciplines, comme l’histoire de l’anthropologie française. L’affaire Flinders est abordée du point de vue extérieur d’un Italien, on a essayé de clarifier. C’est une histoire d’attribution de noms géographiques et de vol de cartes, dans le cadre du grand affrontement entre l’Angleterre et Napoléon, un conflit qui sous-tend deux visions différentes du monde et de la société. Cette histoire purement politique frappa Louis de particularité Freycinet en personne et est encore entachée aujourd’hui des résidus de la rivalité franco-britannique, bien qu’atténuée.

Dans l’analyse approfondie, donc, certains passages controversés de l’histoire de Rose sont triés, des éléments originaux sont ajoutés, les aspects épistémologiques et philosophiques de l’expédition sont mis en évidence, on fait des appréciations innovantes et sont corrigées des erreurs sur l’histoire et les faits connectés. Si le point de départ ont été les textes de Basset, Rivière, Arago, Péron et surtout Louis et Rose de Freycinet, le travail n’a cependant pas consisté en une simple réorganisation critique des textes existants, mais en une relecture complète de toutes les sources et l’étude de nouvelles sources.



[1]  Allaire, 1989 la plus complète étude dans : Le voyage de Louis de Freycinet.

Blais, 2001-2003-2005, Articles et Essais, analyse des particularités du Voyage de Freycinet, et aussi dans une étude générale des voyages d’exploration de cette période historique.